Ressources pour le regroupement familial : comment l'OFII calcule vos revenus et quand l'administration se trompe
Sommaire
La condition de ressources est la première cause de refus de regroupement familial — mais aussi celle sur laquelle l’administration commet le plus d’erreurs. Trop de regroupants sont refusés sur la base d’un calcul erroné : revenus moyennés sur l’année civile au lieu des 12 mois glissants, inclusion de périodes de chômage sans retraitement correct, exclusion injustifiée de primes contractuelles. Ce guide explique comment l’OFII doit calculer vos ressources, quels revenus comptent, et surtout comment identifier et contester une décision fondée sur un calcul inexact. Pour une vue d’ensemble de la procédure, consultez notre guide complet du regroupement familial.
Ce que la loi exige en matière de ressources
L’article L. 411-5 du CESEDA dispose que le regroupant doit justifier de « ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ». La loi renvoie à un décret pour la fixation du seuil — lequel est indexé sur le SMIC net mensuel en vigueur. Ce point est fondamental : le seuil n’est pas fixe, il évolue à chaque revalorisation du SMIC. Si vous déposez votre dossier plusieurs mois après avoir vérifié le seuil, vérifiez que le montant est toujours valable.
La condition de « stabilité » est indépendante du seuil : des revenus qui atteignent le seuil mais sont jugés instables (CDD très court, missions d’intérim discontinues, revenus irréguliers) peuvent conduire à un refus. L’administration apprécie à la fois le niveau des ressources et leur régularité sur la période de référence.
Les seuils de ressources selon la composition familiale
Le seuil varie selon le nombre de personnes que comprendra le foyer après regroupement (regroupant + bénéficiaires). Voici le barème :
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Composition du foyer |
Seuil (% du SMIC net) |
Montant indicatif |
Revenus exclus |
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Regroupant + 1 bénéficiaire |
= 1 SMIC |
≈ 1 426 € nets/mois |
RSA, APL, allocations |
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Regroupant + 2 bénéficiaires |
= 1 SMIC |
≈ 1 426 € nets/mois |
RSA, APL, allocations |
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Regroupant + 3 bénéficiaires |
= 1,33 SMIC |
≈ 1 897 € nets/mois |
RSA, APL, allocations |
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Regroupant + 4 bénéficiaires |
= 1,33 SMIC |
≈ 1 897 € nets/mois |
RSA, APL, allocations |
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Regroupant + 5 bénéficiaires |
= 1,66 SMIC |
≈ 2 367 € nets/mois |
RSA, APL, allocations |
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⚠️ Les montants indicatifs sont calculés sur la base du SMIC net en vigueur — ils évoluent à chaque revalorisation du SMIC. Référez-vous au barème OFII publié sur ofii.fr pour le montant exact applicable au moment de votre dépôt. |
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⚖️ JURISPRUDENCE — CE QUE LE JUGE A PRÉCISÉ Seuil = condition nécessaire, pas suffisante. Atteindre le seuil ne garantit pas l’accord si les revenus sont jugés instables (CE, 14 mars 2018, n° 406289). Seuil non atteint ≠ refus automatique. Le préfet qui refuse sans examiner la situation personnelle du demandeur — ancienneté, nature du contrat, perspectives d’évolution — commet une erreur de droit (CAA Paris, 22PA00809). Revenus futurs non pris en compte. L’administration ne peut pas refuser au motif que vos revenus pourraient baisser. Elle apprécie les ressources passées sur la période de référence, pas des projections. |
Vos revenus atteignent-ils le seuil exigé par l'OFII?
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Le calcul sur 12 mois glissants — ce que beaucoup ignorent
C’est l’erreur la plus fréquente — et la plus facile à exploiter en recours. La loi prévoit que les ressources sont appréciées en moyenne sur les 12 mois précédant le dépôt du dossier — pas sur l’année civile. Si vous déposez en mars, la période de référence est d’avril de l’année précédente à mars de l’année en cours.
Pourquoi c’est important : si l’OFII vous demande votre dernier avis d’imposition et fait la moyenne de vos revenus annuels divisée par 12, il se trompe de méthode. L’avis d’imposition couvre l’année civile, pas les 12 mois glissants. Si vous avez eu une augmentation en milieu d’année, le calcul sur 12 mois glissants vous est plus favorable. Si l’administration a utilisé l’année civile à votre détriment, c’est un motif de contestation.
« L’OFII avait calculé ma moyenne sur l’année civile précédente. Mais j’avais eu une augmentation en juillet — en recalculant sur les 12 mois précédant mon dépôt de mars, ma moyenne était 180 € plus élevée. Le tribunal a annulé le refus sur ce seul motif. » — Rachid M. Technicien en CDI à Lyon, marié, dossier déposé en mars |
L'OFII a mal calculé vos ressources ?
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Ce qui entre dans le calcul — et ce qui en est exclu
Revenus pris en compte
- Salaires et traitements — y compris les primes contractuelles régulières (prime annuelle, 13e mois) ramenées en mensuel.
- Revenus d’activité indépendante — bénéfices nets déclarés aux impôts, divisés par 12.
- Pensions de retraite et pensions alimentaires reçues.
- Revenus fonciers nets (loyers perçus après déduction des charges).
- Revenus de capitaux mobiliers déclarés.
Revenus explicitement exclus par la loi (art. L. 411-5 CESEDA)
- RSA (revenu de solidarité active) — exclu explicitement.
- Allocations familiales et prestations de la CAF (PAJE, allocation de rentrée scolaire).
- Aides au logement (APL, ALS, ALF).
- Prime d’activité.
- Indemnités journalières de maladie ou accident du travail (sauf assimilées à un salaire par la jurisprudence).
- Indemnités de chômage — les allocations ARE sont exclues du calcul.
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⚠️ CAS PARTICULIER : LES PRIMES NON CONTRACTUELLES Les primes non contractuelles (primes exceptionnelles, intéressement, participation) peuvent être exclues par l’administration si elles ne sont pas régulières. Si vous en bénéficiez chaque année, produisez les fiches de paie des 3 dernières années pour établir la régularité — les jurisprudences TA et CAA ont intégré les primes régulières même non contractuelles lorsque leur caractère systématique est démontré. |
Les justificatifs à fournir à l’OFII
Les pièces justificatives attendues pour la condition de ressources :
- 12 derniers bulletins de salaire (ou justificatif équivalent pour les indépendants).
- Dernier avis d’imposition — pour corroborer les revenus déclarés, pas comme base de calcul exclusive.
- Contrat de travail en cours — CDI, CDD ou contrat d’indépendant. Le contrat permet d’apprécier la stabilité.
- Attestation de l’employeur datée de moins de 3 mois confirmant l’emploi et le salaire mensuel brut.
- Relevés de compte bancaire des 3 derniers mois — pour les indépendants ou en cas de revenus mixtes.
- Justificatifs des autres revenus (relevés de pension, quittances de loyer, etc.) si applicables.
⚠️ Si vous êtes en CDD : fournissez en plus le dernier contrat renouvelé et, si possible, un document de l’employeur indiquant une perspective de renouvellement ou de CDI. L’instabilité du CDD court (moins de 6 mois) est un motif de refus fréquent — anticipez-le avec des éléments contextuels.
Quand l’administration se trompe : les erreurs annulables par le juge
Un refus fondé sur les ressources peut cacher plusieurs types d’erreurs :
- Erreur de période de référence — calcul sur l’année civile plutôt que les 12 mois glissants. Vérifiez systématiquement la période retenue dans la décision de refus.
- Inclusion de revenus inexistants ou exclusion de revenus légitimes — l’administration peut se tromper dans la lecture de vos bulletins de salaire.
- Erreur de droit : absence d’examen de la situation personnelle — le préfet ne peut pas se borner à constater que le seuil n’est pas atteint sans analyser les circonstances : ancienneté en France, nature de l’emploi, intégration, vie de famille. Ce défaut de motivation est annulable.
- Défaut de motivation — tout refus doit être motivé en fait et en droit (loi du 11 juillet 1979). Un refus qui se contente de reproduire le texte légal sans l’appliquer aux faits de votre dossier est insuffisamment motivé.
Si vous avez reçu un refus pour ressources insuffisantes, faites analyser la décision par un avocat avant d’accepter le résultat. Vous avez 2 mois à compter de la notification pour former un recours. Notre guide sur les recours après refus de regroupement familial détaille les étapes contentieuses.
Si votre situation a évolué depuis le refus (augmentation, CDI signé, nouveau contrat), il est parfois plus efficace de redéposer un dossier complet plutôt que de contester l’ancien. Un avocat en droit des étrangers peut vous aider à choisir la meilleure stratégie.
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8 questions fréquentes sur les ressources pour le regroupement familial
Oui, le RSA est explicitement exclu par l’article L. 411-5 du CESEDA. Si le RSA constitue votre seule ressource, vous ne pouvez pas déposer de demande de regroupement familial. La loi est claire sur ce point et il n’existe pas de dérogation. Vous devrez attendre d’avoir des revenus du travail ou d’une pension suffisants pour remplir la condition.
Pas nécessairement. Un CDD peut être considéré comme stable si sa durée est suffisante et si vous justifiez d’une continuité d’emploi. Un CDD de 12 mois renouvelé plusieurs fois, avec le même employeur, peut être plus solide qu’un CDI récent. En revanche, un CDD de moins de 6 mois ou une série de missions d’intérim sans continuité seront interprétés défavorablement. Produisez l’historique complet de vos contrats pour montrer la continuité.
La jurisprudence est nuancée. Les revenus étrangers peuvent être pris en compte s’ils sont réguliers, déclarés et justifiables par des documents officiels (relevés bancaires, déclarations fiscales étrangères traduites et apostillées). Mais l’administration les apprécie avec plus de scepticisme. Ils viennent en complément de revenus français — une demande fondée exclusivement sur des revenus étrangers est très exposée au refus.
Les allocations chômage (ARE) sont exclues du calcul. Les 3 mois de chômage seront donc des mois à revenu nul dans votre moyenne sur 12 mois glissants — ce qui peut faire chuter votre moyenne en dessous du seuil. Si c’est le cas, attendez que les 12 mois de référence ne comprennent plus de période de chômage avant de déposer. Ou contestez la décision si l’administration a mal traité la période.
La jurisprudence est nuancée. Les revenus étrangers peuvent être pris en compte s’ils sont réguliers, déclarés et justifiables par des documents officiels (relevés bancaires, déclarations fiscales étrangères traduites et apostillées). Mais l’administration les apprécie avec plus de scepticisme. Ils viennent en complément de revenus français — une demande fondée exclusivement sur des revenus étrangers est très exposée au refus.
Si votre conjoint est déjà en France sous un titre de séjour valide et exerce une activité salariée, ses revenus peuvent en principe être pris en compte dans le calcul. Mais attention : le regroupant est celui qui demande le regroupement — si votre conjoint est le bénéficiaire et non le regroupant, ses revenus ne sont pas pertinents. Ce scénario se pose notamment en cas de regroupement sur place ou de recomposition familiale complexe — consultez un avocat avant de déposer.
Oui. L’OFII peut formuler une demande de pièces complémentaires. En cas de demande de pièces, le délai d’instruction de 6 mois est suspendu jusqu’à réception des documents. Répondez rapidement et de façon complète — un retard dans la fourniture des pièces rallonge l’instruction et décale l’échéance de refus implicite. Notre guide sur les délais du regroupement familial précise les règles de computation des délais.
Oui — mais dans un périmètre limité. Le préfet peut refuser si les revenus sont jugés insuffisamment stables (CDD précaires, revenus très irréguliers), ou si d’autres conditions légales ne sont pas remplies (logement, état civil). En revanche, si vous atteignez le seuil avec des revenus stables et que toutes les autres conditions sont satisfaites, un refus discrétionnaire est illégal et contestable. La procédure de regroupement familial n’est pas une faveur — c’est un droit.
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