IA et contentieux des étrangers : une révolution administrative en marche en France ?

L’idée pourrait sembler futuriste, presque déroutante, mais elle s’impose désormais dans les cercles décisionnels : le ministère de l’Intérieur envisage de recourir à l’intelligence artificielle pour traiter une partie du contentieux des étrangers. Dans un contexte de saturation chronique des juridictions administratives et d’engorgement des préfectures, cette initiative soulève autant d’espoirs que d’inquiétudes. Entre modernisation de l’action publique et risques pour les droits fondamentaux, le débat est ouvert. Un contentieux des étrangers sous pression constante Le constat est sans appel : entre les recours contre les OQTF et les refus de titre de séjour, la machine administrative française sature. Paradoxalement, la dématérialisation des procédures a durci l’accès au service public au lieu de le simplifier. Selon Mediapart, ces litiges représentent 91% des contentieux traités par le ministère de l’Intérieur et une part importante présente un caractère répétitif et standardisé. Pourtant, leur instruction repose sur l’exécution de tâches manuelles et chronophages mobilisant ainsi durablement les équipes qui peinent déjà à absorber le volume croissant des dossiers. Dans ce contexte de contentieux de masse, l’intelligence artificielle apparaît, selon l’État français, comme un levier potentiel pour améliorer la gestion des dossiers et réduire les délais de traitement. Besoin de contester une décision défavorable? Optimisez vos chances de succès avec l’appui d’un avocat expert en droit des étrangers. Prendre rendez-vous dès maintenant Astrée : l’intelligence artificielle au cœur de la modernisation administrative Porté par la Fabrique Numérique du Ministère de l’Intérieur, le projet Astrée s’inscrit dans le vaste mouvement de numérisation des services publics et de modernisation du traitement du contentieux des étrangers. Cet outil d’intelligence artificielle a été conçu pour épauler les agents administratifs dans l’examen des dossiers liés aux obligations de quitter le territoire français (OQTF) ainsi qu’aux refus de titres de séjour. Son fonctionnement repose sur plusieurs fonctionnalités destinées à fluidifier la gestion des recours administratifs. L’outil pourrait d’abord analyser automatiquement les requêtes reçues afin d’en faciliter la qualification, le classement et la hiérarchisation selon leur nature ou leur degré d’urgence. Il serait aussi capable de produire des synthèses structurées à partir des pièces versées au dossier. L’intelligence artificielle pourrait ainsi extraire les informations essentielles, repérer les éléments déterminants du litige, comparer certains documents ou encore identifier les points juridiques sensibles nécessitant une attention particulière. Le dispositif ambitionne par ailleurs d’assister les agents dans la rédaction des mémoires en défense. À partir des données analysées, l’outil pourrait générer une première trame argumentative destinée à être relue, corrigée et complétée par un juriste ou un agent compétent avant toute validation définitive. À travers ce projet, le ministère poursuit plusieurs objectifs : accélérer le traitement des dossiers, harmoniser les pratiques administratives et renforcer l’efficacité globale de la gestion du contentieux des étrangers. Préservez votre droit au séjour Solliciter un avocat Une mise en œuvre progressive et centrée sur les usages Le déploiement d’Astrée s’inscrit dans une logique d’expérimentation évolutive, privilégiant l’adaptation continue aux besoins du terrain. Dès la livraison d’une première version le 4 décembre 2025, l’outil a été soumis à des phases de test et d’ajustement. Chaque fonctionnalité fait ainsi l’objet d’un déploiement graduel, permettant d’en mesurer l’efficacité réelle avant d’en affiner les contours. Sa conception et son évolution s’appuient sur une collaboration étroite avec les utilisateurs métiers, qu’ils exercent en administration centrale ou en préfecture. Des ateliers participatifs de type design thinking sont organisés afin de cerner les besoins opérationnels, garantir la conformité juridique des fonctionnalités et encadrer le calendrier de développement. Une grande partie du travail se concentre notamment sur le renforcement progressif de ses briques essentielles, telles que la fiche de synthèse et l’assistance à la rédaction des mémoires en défense. L’objectif est clair : alléger les tâches répétitives afin de recentrer le travail des agents sur l’analyse juridique à forte valeur ajoutée. À terme, Astrée pourrait s’intégrer comme un module d’intelligence artificielle au sein des systèmes d’information existants, voire constituer un outil mutualisé à l’échelle de l’administration. Les premières expérimentations sont actuellement envisagées dans plusieurs territoires pilotes, notamment en Seine-Saint-Denis, dans les Bouches-du-Rhône et en Ille-et-Vilaine. D’autres juridictions, comme Paris ou la Guyane, pourraient également être associées à cette phase de test. Un élargissement du dispositif à l’échelle nationale est d’ores et déjà envisagé à l’horizon 2026-2027. Bien que le projet demeure à un stade encore exploratoire, il illustre une avancée significative vers l’automatisation progressive de l’action administrative. Faites valoir votre droit au séjour avec efficacité Constituez un dossier solide et maximisez vos chances de succès avec un expert en droit des étrangers Discutez avec un avocat dès maintenant Entre gains d’efficacité et standardisation des décisions Sur le papier, les avantages semblent évidents. En automatisant certaines tâches répétitives, l’intelligence artificielle pourrait permettre aux agents de se concentrer sur les dossiers les plus complexes. La réduction des délais de traitement constitue également un objectif majeur, dans un système souvent critiqué pour sa lenteur. L’IA pourrait également contribuer à harmoniser les décisions administratives. Aujourd’hui, des disparités existent entre préfectures dans l’appréciation de situations similaires. Une analyse algorithmique fondée sur des bases de données homogènes pourrait limiter ces écarts. Mais cette standardisation soulève une question essentielle : jusqu’où peut-on automatiser une décision administrative sans en altérer la qualité ? Le droit des étrangers repose sur l’examen individualisé des situations. Or, une logique algorithmique pourrait favoriser des réponses uniformes, au risque de négliger la singularité des parcours. Des risques juridiques et éthiques majeurs L’introduction de l’intelligence artificielle dans le contentieux des étrangers ne va pas sans susciter de vives inquiétudes. En première ligne, les avocats et les associations de défense des droits des étrangers redoutent une déshumanisation des procédures. Les décisions en matière de séjour ou d’éloignement ont des conséquences considérables sur la vie des personnes concernées. Elles impliquent souvent des situations familiales, professionnelles ou humanitaires complexes. Confier une partie de leur traitement à un algorithme pose la question de la prise en compte réelle de ces dimensions. “ On parle de problématiques humaines traitées à terme par l’IA. C’est un peu effrayant” confiait une source du ministère de l’Intérieur à
Seine-Saint-Denis : enseignants et collectifs mobilisés à Bobigny pour les élèves sans papiers

Face au durcissement des politiques migratoires et à l’expulsion d’un lycéen au Raincy, la communauté éducative de Seine-Saint-Denis se mobilise. Entre dénonciation des OQTF et demande de régularisation, retour sur le rassemblement du 13 février à Bobigny pour la protection des élèves étrangers. Une expulsion à l’origine d’une onde de choc à Bobigny Le vendredi 13 février 2026, les abords de la direction des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN) à Bobigny ont pris des airs de tribune politique et sociale. Sous une pluie battante, une centaine de manifestants se sont réunis pour crier leur indignation à la suite de l’expulsion d’un élève du Raincy vers le Maroc. Si l’ambiance était calme et la manifestation encadrée par les autorités policières, le message était clair et sans équivoque : les élèves avec ou sans-papiers ont tous droit à l’éducation. Enseignants, syndicalistes, militants du Réseau Éducation Sans Frontières (RESF) et parents d’élèves n’ont pas hésité à exprimer leurs inquiétudes. “ Le durcissement des lois met les élèves dans une grande précarité. Ils ne peuvent pas se projeter, ni accéder à certaines formations “ a souligné Mona, membre du RESF, évoquant les difficultés rencontrées par les élèves dans leur quête de régularisation. Quant à Tristan, un professeur de français-histoire-géographie au lycée Théodore Monod à Noisy-le-Sec, il indique que les élèves étrangers présents sur le territoire sont de plus en plus victimes de répression. “On a besoin d’accompagnement, pas seulement de mesures sécuritaires” a-t-il déploré. Besoin de demander ou de renouveler votre titre de séjour? Optimisez vos chances de succès avec l’appui d’un avocat expert en droit des étrangers. Prendre rendez-vous dès maintenant L’expulsion de jeunes majeurs : un frein brutal au parcours scolaire Le droit à l’éducation est un droit fondamental, mais pour les élèves étrangers, le passage à la majorité transforme souvent le rêve du cursus universitaire ou d’un avenir professionnel en un parcours du combattant administratif. Lors du rassemblement, les organisateurs ont pointé du doigt les parcours de régularisation « complètement stoppés ». Pour de nombreux jeunes majeurs, l’obtention d’un titre de séjour devient quasi impossible face à l’engorgement des préfectures et à la sévérité des nouvelles directives introduites par la loi Darmanin et la circulaire Retailleau. Jusqu’alors protégés en tant que mineurs, ces jeunes basculent dans le droit commun des étrangers dès leurs 18 ans. Faute de titre de séjour, ils peuvent faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), compromettant brutalement leur parcours scolaire et leur avenir. Régularisez vos papiers et sécurisez votre séjour en France Solliciter un avocat en droit des étrangers La précarité administrative : quel impact pour les lycéens de Seine-Saint-Denis ? Sur le terrain, les témoignages des personnels éducatifs s’avèrent alarmants. Les enseignant décrivent une réalité amère : celle d’élèves dont l’assiduité et les performances chutent sous le poids de la peur d’une OQTF. Mona, conseillère principale d’éducation à Saint-Denis, souligne les conséquences invisibles de la situation administrative précaire des élèves étrangers : Santé mentale dégradée : Stress chronique lié à l’incertitude du lendemain. Impossibilité de se projeter : Difficulté d’accès aux stages et aux formations en alternance faute d’autorisation de travail. Décrochage scolaire : Sentiment d’injustice face à un avenir barré malgré l’obtention des diplômes. De son côté, Marion, une militante du collectif Inter Lycée 93, estime que les élèves ne sont plus capables de suivre correctement leurs études tant l’angoisse de l’absence de perspectives d’avenir sur le sol français est persistante. Un cadre législatif de plus en plus restrictif La mobilisation de Bobigny s’inscrit dans un contexte de tension législative large. Les manifestants ont vivement critiqué la loi asile-immigration du 27 janvier 2024 ainsi que la circulaire Retailleau entrée en vigueur l’année suivante. Ils accusent notamment ces feuilles de route de durcir les conditions d’accueil et de faciliter les éloignements, même pour les profils intégrés et scolarisés. Blandine, porte-parole de l’intersyndicale (CGT, FSU, Sud Éducation, CNT), a rappelé l’exigence de « sanctuariser le droit de finir sa scolarité et de protéger les élèves des OQTF ». Demandez sereinement votre titre de séjour à Bobigny Constituez un dossier solide et maximisez vos chances de succès avec un expert en droit des étrangers Discutez avec un avocat dès maintenant Quelles perspectives pour les élèves sans papiers en Seinne-Saint-Denis? Les collectifs mobilisés à Bobigny formulent plusieurs revendications : la régularisation des étudiants étrangers sans-papiers, la nécessité des institutions scolaires à faciliter les démarches administratives, et la garantie d’un accès digne aux droits fondamentaux. Pour l’heure, les perspectives restent incertaines selon les manifestants présents sur les lieux. Les échanges se sont multipliés autour des obstacles rencontrés pour décrocher un titre de séjour, un rendez-vous en préfecture, etc. Les témoignages font état d’élèves prometteurs, mais fragilisés par l’angoisse liée à leur avenir incertain. D’autres personnes décrivent des familles entières suspendues à une attente interminable. Dans ce contexte, les mobilisations locales apparaissent comme un levier essentiel pour faire émerger des solutions au cas par cas. Pour Mona, la question ne se limite pas à l’obtention rapide de résultats tangibles. À ses yeux, l’essentiel réside ailleurs : « Je ne sais pas si cela fera bouger les choses, mais c’est un devoir. Chaque mobilisation a son importance », affirme-t-elle à la fin du rassemblement. Faites valoir votre droit au séjour Contactez-nous Ce que prévoit le droit des étrangers pour les étudiants sans-papiers D’un point de vue juridique, la situation des élèves sans papiers reste marquée par une grande fragilité. Être inscrit dans un établissement scolaire ne garantit pas l’obtention d’un titre de séjour. Des justificatifs de ressources financières supérieures ou égales à 615 euros par mois sont notamment requis pour espérer une régularisation. Toutefois, des dispositifs existent. Les élèves peuvent solliciter une régularisation au titre de leur vie privée et familiale ou dans le cadre d’une admission exceptionnelle au séjour selon leur situation. Ces demandes sont examinées au cas par cas par les préfectures, qui disposent d’un large pouvoir d’appréciation. En parallèle, il est important de se rappeler que chaque refus s’accompagne désormais d’une OQTF.
Dix ans de vie effacés par un refus implicite d’admission au séjour

Lorsque Fabien quitte Bamako, la capitale malienne, en 2013 pour s’installer à Versailles, il ne cherche pas un refuge temporaire, mais une terre d’avenir. Ce qui devait être quelques années de construction s’est transformé en une décennie entière passée entre les murs de la ville royale. Mais un refus implicite d’admission au séjour vient tout chambouler. Le fruit du courage et de la détermination Les premières années de Fabien sur le territoire français ont été les plus ardues, mais sa détermination a payé. Il a rapidement décroché un emploi stable dans une société de nettoyage, passant d’un CDD à un CDI. Ses fiches de paie, alignées sur plus de huit ans, dessinent le portrait d’un travailleur sérieux et engagé. L’intégration de Fabien dans la cité phocéenne allait bien au-delà du cadre professionnel. Il s’était noué d’amitié avec ses voisins, ses collègues étaient devenus sa famille… Son entourage le considérait comme quelqu’un de fiable qui est toujours prêt à rendre service. Le défi : un silence qui dénigre une vie Dix ans après son arrivée à Versailles, Fabien dépose sa demande d’admission au séjour auprès de la préfecture. Il pense que la simplicité de son parcours parlera d’elle-même. Au fil du temps, l’attente s’est muée en une source d’angoisse et d’anxiété. L’administration ne lui donnait aucune réponse, même 4 mois après le dépôt de son dossier de demande, ce qui a donné lieu à un refus implicite. Fabien était complètement choqué par cette issue. Comment admettre que la vie qu’il a si patiemment construite puisse être réduite en poussière ? Devait-il quitter le pays de lui-même ou attendre que l’administration l’expulse ? Aucune de ces options ne lui convenait. La reconnaissance de ses droits Refusant de voir sa vie brisée par un simple silence administratif, Fabien prend la décision de se battre pour sa dignité. Il sollicite le cabinet d’avocats spécialisés en droit des étrangers pour annuler ce refus et faire valoir ses droits. Après une première demande d’explication à la préfecture qui est restée sans réponse, il saisit le tribunal administratif pour démontrer l’absence de motivation du rejet et le défaut d’appréciation du cas de son client. Le verdict tombe après des jours d’audience : le juge ne se contente pas d’annuler la décision préfectorale. Il reconnaît la solidité du parcours de Fabien et ordonne la délivrance d’une carte de séjour qui convient à sa situation et la somme de 1000 euros pour couvrir ses frais de justice. Pour Fabien, cette victoire était bien plus qu’une issue favorable. C’est la reconnaissance officielle de son appartenance à la France. À Versailles, là où son long voyage a commencé, il peut enfin envisager l’avenir, non plus comme un projet incertain, mais comme une réalité établie.
Le courage de Nabil face à un refus de renouvellement de titre de séjour

Nabil n’avait que 17 ans quand il a posé le pied à Paris, sous couvert d’un VLS-TS étudiant. Avec une valise légère, mais le cœur rempli d’espoirs, il avait quitté le Mali pour retrouver sa mère, déjà installée dans le 18ᵉ arrondissement. Si son combat pour s’intégrer et se régulariser était rude, la chaleur du foyer familial et son courage lui ont donné la force de tenir. Six ans pour s’intégrer et se régulariser Dès son arrivée dans la Ville Lumière, Nabil s’accroche à l’espoir d’un avenir serein et stable. Il apprend le français, poursuit son cursus universitaire, trouve des petits boulots, se fait des amis… Bref, il construit sa vie petit à petit, prouvant son ancrage jour après jour. Les études et le travail rythmaient son quotidien tandis que les moments familiaux et entre amis l’égayaient. Tout lui semblait parfait. Des mois d’incertitude Comme chaque année, Nabil a demandé le renouvellement de son titre de séjour auprès de la préfecture de police parisienne. Pour lui, cette requête n’était rien de plus qu’une simple formalité. Il était loin d’imaginer le refus implicite qui allait tout remettre en question. La réalité le rattrape lorsqu’il constate que la préfecture n’avait toujours pas répondu à sa requête des mois après le dépôt de son dossier. Une fois le délai réglementaire écoulé, le silence s’était transformé en rejet, plongeant ce jeune sénégalais dans une incertitude abyssale. L’espoir renaît avec la justice Loin de s’avouer vaincu, Nabil se tourne vers le cabinet d’avocats en droit des étrangers et lui confie son dossier. Après examen de son dossier, celui-ci envoie une demande d’explication à la préfecture, mais le silence persiste. Face à cette inertie, le cabinet saisit le tribunal administratif pour faire valoir le droit au séjour de son client. Quelques semaines plus tard, la justice tranche : le refus était infondé. Nabil obtient enfin le titre de séjour auquel il avait droit, accompagné d’une indemnisation de 1 000 euros pour compenser ses frais de justice.En plus de récompenser des années de persévérance, d’efforts et d’intégration, ce verdict rend à Nabil la sérénité et la dignité qu’il n’aurait jamais dû perdre.
Admission au séjour : une victoire méritée pour Karim

À Nice, le soleil brillait comme un symbole d’espoir retrouvé pour Karim, un Algérien de 36 ans installé en France depuis plus de huit ans. Derrière son sourire discret se cache pourtant une longue bataille contre l’injustice administrative, celle d’un refus implicite d’admission au séjour. Huit années de patience et d’efforts d’intégration En quête d’une vie sereine et stable, Karim a quitté l’Algérie pour s’installer en France en 2015. Il pose ses valises à Nice, séduit par la douceur méditerranéenne et la promesse d’un nouveau départ. Peu à peu, il apprend la langue, trouve du travail dans le bâtiment et se lie d’amitié avec ses voisins. Chaque jour, il s’efforce de construire sa place dans cette ville qu’il considère désormais comme la sienne. Marié à Amel, une Niçoise au grand cœur, il mène une vie simple, rythmée par le travail, les repas partagés en famille et les balades sur la Promenade des Anglais. Tout semblait calme et serein — jusqu’à ce qu’un silence administratif vienne bouleverser son équilibre. Une demande restée sans réponse Au mois d’août de l’année 2023, Karim prend son courage à deux mains et dépose sa demande d’admission au séjour à la préfecture de Nice, située au 147, boulevard du Mercantour. Il se renseigne, rassemble les documents nécessaires et réalise les démarches à la lettre. Malheureusement, aucune réponse ne lui était parvenue après des semaines d’attente. Ce silence s’était transformé en refus implicite une fois le délai réglementaire de 4 mois dépassé. Mais, ce n’était pas dans la nature de ce ressortissant algérien de baisser les bras. Il décide donc de confier son dossier au cabinet d’avocats spécialisés en droit des étrangers. “Je ne demandais pas la charité, seulement la reconnaissance de ma place ici”, confia-t-il, la voix posée, mais ferme. Le tribunal tranche : justice et dignité Après une analyse approfondie de la situation de Karim, le cabinet décide d’envoyer une demande d’explication de ce rejet aux autorités préfectorales. Ces dernières, fidèles à elles-mêmes, se sont murées dans le silence. C’est alors que le cabinet a décidé de porter l’affaire en justice. Il saisit le tribunal administratif en introduisant un recours contentieux. Le parcours comme la situation de Karim était étayé dans les moindres détails. Les pièces justificatives faisaient office de preuves, attestant sa requête, son intégration ainsi que l’absence de motivation de la décision préfectorale et le défaut d’appréciation de son dossier. À l’issue de la saisine, le juge a décidé de trancher en sa faveur, lui accordant une carte de séjour adaptée à sa situation. Karim s’est également vu recevoir la somme de 1000 euros en guise d’indemnisation pour ses frais de justice. Pour lui, cette victoire va bien au-delà du cadre administratif. “Ce n’est pas juste un papier, c’est la reconnaissance de mon histoire, de mes efforts”, disait-il. Autour de lui, Nice continue de briller, et pour la première fois depuis longtemps, son avenir aussi.
Deal de la Manche : l’accord franco-britannique “one in, one out” appliqué depuis mi-septembre

Entré en vigueur le 05 août 2025 et appliqué en mi-septembre, l’accord franco-britannique sur l’immigration vise à dissuader les traversées périlleuses dans la Manche. Instaurant le principe “one in, one out”, il prévoit le renvoi en France d’un migrant arrivant au Royaume-Uni en échange de l’accueil d’un autre migrant se trouvant dans l’Hexagone. Augmentation croissante des traversées périlleuses de la Manche Chaque année, des milliers de migrants bravent les eaux glacées de la Manche à bord de frêles embarcations, espérant atteindre les côtes britanniques. En 2024, plus de 67 000 traversées illégales ont été recensées, la plupart orchestrées par des réseaux de passeurs toujours plus organisés. Un chiffre en constante augmentation, qui illustre l’ampleur du phénomène et sa dangerosité. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), ces tentatives ont coûté la vie à au moins 355 personnes depuis 2014, avec un record de 85 décès et disparitions en 2024. Une tragédie humaine qui continue de s’aggraver, malgré les dispositifs de contrôle renforcés des deux côtés du détroit. Au début de l’année 2025, le Royaume-Uni comptait déjà plus de 25 400 migrants arrivés de la Manche sur des petits bateaux. L’accord franco-britannique de juillet 2025 comme outil de dissuasion Face à la situation, la France et le Royaume-Uni ont décidé d’unir leurs forces. Lors de la visite d’État du président français Emmanuel Macron à Londres au mois de juillet 2025, les deux pays ont scellé un accord inédit prévoyant un système d’échange de migrants à leurs frontières. L’objectif est simple : dissuader les traversées illégales et démanteler les réseaux de passeurs. Les modalités du dispositif “one in, one out” Cet accord franco-britannique repose sur le principe “one in, one out”. Concrètement, le gouvernement britannique pourra arrêter et renvoyer vers la France tout individu arrivant au Royaume-Uni en traversant la Manche en small boat, sauf s’il est éligible à l’obtention d’une protection internationale ou est un mineur non accompagné. À la suite de quoi, la personne concernée se verra recevoir un visa de 3 mois. Elle devra, par la suite, demander l’asile ou un titre de séjour. Le renvoi se fait dans un délai de 14 jours et les frais de transport sont à la charge du Royaume-Uni. En revanche, les réadmissions en France ne garantissent pas le droit au séjour. Le ministère de l’Intérieur français précise qu’ils relèveront strictement du droit commun. En contrepartie de ce renvoi vers la France, le Royaume-Uni s’engage à accueillir un migrant se trouvant dans l’Hexagone sous certaines conditions. Le concerné, en plus de n’avoir jamais traversé la Manche, doit : Le dispositif “one in, one out” appliqué depuis la mi-septembre C’est entre le 18 et le 19 septembre que les premiers exilés du Royaume-Uni ont atterri sur le sol français. Parmi eux, Ahmed, originaire de Syrie, arrivé à Calais durant le mois d’août 2025. “Il fait froid, nous avons besoin d’une tente, d’un endroit pour dormir. Tous les jours, la police vient et prend tout” a déclaré le trentenaire interviewé par le média Ici. Le ressortissant relate au média les tragédies rencontrées lors de sa traversée de la Manche à bord d’un Zodiac, un bateau pneumatique de type semi-rigide. “Dans mon bateau, trois personnes sont décédées… Ils ne sont pas morts dans l’eau, mais dans le bateau, parce qu’il y avait trop de monde… Il y avait de l’eau et de l’essence au fond du bateau”a-t-il déclaré. Une mesure dénoncée par la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme Cette mesure, bien qu’elle ait été approuvée par la Commission européenne, suscite de vives controverses. La Commission nationale consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) le dénonce comme un texte contraire aux engagements internationaux de l’Hexagone et attentatoire aux droits des personnes migrantes. Elle considère le dispositif “one in, one out” comme un cynique échange d’êtres humains, soulignant le manque de clarté et le caractère discriminatoire des conditions d’entrée au Royaume-Uni. Dans une déclaration datant du 14 octobre 2025, la CNCDH déplore également la complexité des démarches relatives à la demande de transfert vers le Royaume-Uni. “Les requérants doivent remplir un formulaire en ligne, disponible uniquement en anglais, fournir un numéro de téléphone personnel, joindre une pièce d’identité et une photo. Sans smartphone, la tâche s’avère complexe” peut-on lire dans le document. De son côté, le Premier ministre britannique Keir Starmer se réjouit de cet accord. “C’est le résultat de mois de diplomatie adulte qui a produit de vrais résultats pour le peuple britannique” a-t-il expliqué. Il promet également l’intensification du processus.