Les nouvelles orientations impulsées par l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, dans le sillage de la Loi Immigration du 26 janvier 2024, redessinent les contours du droit au séjour des étrangers en France. Depuis son application, le nombre de régularisations d’étrangers sans-papiers a chuté de 42% selon les statistiques de l’année 2025.
Une chute drastique de l’admission exceptionnelle au séjour
Pour l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, la régularisation n’est pas un droit, elle se mérite. Sa circulaire de fermeté, entrée en vigueur au début de l’année 2025, a mis fin à la circulaire du Valls, durcissant les règles d’éligibilité et changeant drastiquement la donne pour les sans-papiers en quête de régularité.
Ainsi, depuis son application, les services préfectoraux ont délivré 11 012 cartes de séjour au motif d’AES contre 19001 l’année précédente entre le mois de janvier jusqu’à septembre 2025.
Parmi ces statistiques, on compte :
- 2653 cartes de séjour AES pour motif économique, ce qui équivaut à une baisse de 54% comparé aux chiffres de 2024,
- et 3923 titres de séjour AES “vie privée et familiale” contre 20 085 pour 2024.
Les cartes de séjour délivrées aux anciens mineurs non accompagnés, quant à eux, sont les seules à connaître une légère hausse de 12%, allant de 3081 à 3454 titres de séjour.
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Les points clés de la circulaire Retailleau qui bloquent les dossiers
Le durcissement des conditions de régularisation se ressent particulièrement dans l’examen des situations relevant de la vie privée et familiale. Les exigences liées à la durée de présence en France ont été significativement allongées, passant de 5 à 7 ans.
“Comment faire pour vivre pendant 7 ans sans-papiers? “ déplorait une femme originaire du Côte d’Ivoire à InfoMigrants durant une manifestation en février 2025. “Je travaille sous alias car mon employeur ne veut pas embaucher des sans-papiers. Je n’ai pas de preuves pour prouver mon travail” racontait- elle, accablée par sa situation.
Les travailleurs sans-papiers, quant à eux, doivent justifier de 3 années de présence en France et de 12 mois d’exercice dans un métier en tension au cours des deux dernières années. Et dans tous les cas, le niveau A2 du français (soit niveau collège) est exigé comme une preuve de plus de l’intégration à la société.
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Travail et métiers en tension : Une voie de régularisation sous haute surveillance
En dépit des consignes de l’ancien ministre de l’Intérieur appelant à favoriser la régularisation par le travail dans les métiers en tension au détriment des motifs familiaux, les résultats demeurent très limités.
Les statistiques de la place Beauvau révèlent que seuls 666 titres « métiers en tension » ont été validés sur les trois premiers trimestres de l’année 2025, illustrant l’échec de la stratégie.
Une liste de métiers en tension jugée “incomplète”
Attendue de longue date par les syndicats, associations et patronats pour faciliter les régularisations, la nouvelle nomenclature des métiers en tension a été dévoilée en mai dernier, remplaçant la version de 2021. Si l’intégration des aides à domicile et des ménagères en Île-de-France est saluée comme une avancée, le texte final laisse un goût amer aux acteurs de terrain.
Selon Jean-Albert Guidou, représentant de la CGT à Bobigny, cette liste occulte des secteurs vitaux où la main-d’œuvre étrangère est pourtant omniprésente. Le secrétaire général souligne notamment l’absence :
- du bâtiment (notamment le gros-œuvre) ;
- une grosse partie de la restauration et l’hôtellerie ;
- de la gestion des déchets ;
- et de la logistique en Île-de-France.
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Quelles conséquences juridiques pour les étrangers en France ?
L’un des effets les plus immédiats de cette politique restrictive est l’augmentation des obligations de quitter le territoire français (OQTF). Le refus de régularisation s’accompagne désormais automatiquement d’une obligation de quitter le territoire, plaçant les intéressés dans des situations de grande vulnérabilité.
Cette dynamique entraîne mécaniquement une saturation des juridictions administratives. Les recours pour excès de pouvoir se multiplient, mobilisant avocats, associations et juridictions dans des contentieux souvent complexes et urgents.
Cette évolution contribue aussi à la précarisation de profils pourtant bien insérés : travailleurs en CDI, parents d’enfants scolarisés, etc. Des individus intégrés dans le tissu économique et social deviennent, du jour au lendemain, difficilement régularisables.
En conclusion, le bilan de cette première année d’application est sans appel : la circulaire Retailleau a pleinement atteint son objectif de réduction des régularisations. Avec une chute globale de 42 % des admissions exceptionnelles au séjour, le texte a réussi à instaurer le verrouillage administratif souhaité par l’ancien locataire de la place Beauvau.