Dans un contexte marqué par des tensions croissantes autour des politiques migratoires, Bruno Bernard a relancé un débat sensible en appelant à la régularisation des sans-papiers par le travail à l’aube des élections municipales et métropolitaines 2026. Une prise de position qui s’inscrit à la croisée d’enjeux économiques, sociaux et politiques.
Une politique d’hospitalité active ambitieuse, confrontée à des limites structurelles
Tous les ans, la Métropole de Lyon accueille des milliers de personnes vulnérables : familles, mères isolées avec enfants ou encore jeunes majeurs ayant traversé des parcours migratoires souvent éprouvants.
Selon Bernard Bruno, sa proposition de favoriser la régularisation par le travail ne relève en rien de la naïveté. Il s’inscrit dans l’exercice des compétences sociales d’un territoire qui assume des responsabilités comparables à celles d’un département : protection de l’enfance, politiques d’insertion et accueil des publics les plus fragiles.
Singulière dans le paysage institutionnel français, la Métropole de Lyon cumule à la fois les attributions d’une métropole et celles d’un département. À ce titre, elle déploie des dispositifs d’accompagnement social, assure des solutions d’hébergement et soutient financièrement des programmes favorisant l’insertion.
Cependant, cette mobilisation se heurte à une limite structurelle, liée à l’absence de réponse cohérente à l’échelle nationale. Depuis 2020, la collectivité a renforcé sa politique d’accueil à travers une approche dite d’hospitalité active : hébergement d’urgence, suivi social approfondi, appui aux associations locales, apprentissage du français et premiers pas vers l’emploi.
Elle a également soutenu des initiatives d’associations locales visant la régularisation par le travail. Toutefois, une contradiction persiste : si ces dispositifs permettent de sortir des personnes de la rue, ils ne leur offrent pas toujours la possibilité de s’inscrire durablement dans un parcours stable.
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Un enjeu économique et social majeur
D’après le président écologiste, la régularisation par le travail s’impose comme une réponse pragmatique à des besoins bien réels. Dans des secteurs en tension — tels que le bâtiment, l’aide à domicile ou la restauration —, la pénurie de main-d’œuvre freine directement l’activité. Permettre à des travailleurs déjà présents sur le territoire d’accéder à un statut légal offrirait ainsi une solution rapide pour soutenir ces filières.
Cette approche aurait également des effets significatifs sur le plan social. De nombreux sans-papiers vivent dans une grande précarité, marquée par un accès restreint aux droits et une insécurité juridique permanente. Une régularisation contribuerait à stabiliser leur situation et à améliorer durablement leurs conditions de vie.
À 11 jours avant le premier tour des élections municipales et métropolitaines de 2026 à Lyon, Bruno Bernard illustrait concrètement ces enjeux. Il évoquait notamment Dana, infirmière arménienne polyglotte rencontrée dans un centre d’hébergement qui souhaite travailler sur le sol français, ainsi que Sekou, jeune majeur formé et prêt à travailler dans les secteurs du transport et du bâtiment, mais qui ne peut être embauché en raison de sa situation administrative.
“Ces situations ne sont pas marginales. Elles sont devenues structurelles. Nous hébergeons. L’État bloque. Les personnes stagnent. Les dispositifs saturent. Les employeurs cherchent. L’absurdité est totale” a-t-il déclaré.
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Régularisation par le travail : un dispositif encadré
Pour Bruno Bernard, la régularisation par le travail repose sur une logique claire : offrir une possibilité de séjour légal à des étrangers en situation irrégulière déjà engagés dans une activité professionnelle, sous réserve de remplir certaines conditions.
Bien que ce dispositif existe déjà, son accès reste limité en raison de critères exigeants, notamment :
- une résidence habituelle d’au moins 3 ans sur le sol français,
- et l’exercice d’une activité professionnelle d’au moins douze mois, au cours des deux dernières années, dans un secteur en tension.
Considérant la situation insoutenable, le président écologiste défend une approche à la fois pragmatique et responsable. Il propose la mise en place, à titre expérimental, d’un dispositif de régularisation par le travail, pensé en concertation avec les associations et les employeurs volontaires.
Ce mécanisme ciblerait en priorité deux publics déjà accompagnés : les mères isolées avec de jeunes enfants, durablement cantonnées à l’hébergement d’urgence, ainsi que les jeunes majeurs dotés de compétences ou engagés dans un parcours de formation, mais privés de perspectives d’insertion.
L’ambition inclurait également un logement stable, un suivi social renforcé et un accès à l’emploi dans des secteurs en tension. En parallèle, un dialogue étroit avec les services de l’État permettrait selon l’élu soutenu par l’union de la gauche d’aboutir, au terme de ce cheminement, à une régularisation fondée sur l’activité professionnelle.
Encadrée, limitée dans le temps et évaluée, cette expérimentation s’inscrit dans une logique de maîtrise des coûts tout en générant des bénéfices tangibles sur les plans humain, économique et social.
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Une opinion saluée et partagée
Alors que l’État français maintient une ligne ferme en matière de lutte contre l’immigration irrégulière et de durcissement des conditions de régularisation, l’initiative portée par Bruno Bernard trouve néanmoins un accueil positif auprès de nombreuses associations engagées dans la défense des droits des étrangers.
Dans un courrier adressé au média Ouest-France, Jean-Claude Tanguy (Finistère), interroge la cohérence des politiques actuelles. Il rappelle qu’au début du mois de février 2026, la préfecture du Finistère mettait en avant ses résultats : 377 interpellations, 133 expulsions, mais aussi 8 305 titres de séjour délivrés.
S’il reconnaît la légitimité d’éloigner les étrangers en situation irrégulière impliqués dans des faits de délinquance, il questionne en revanche la pertinence de refuser, dans leur majorité, les demandes de régularisation par le travail, notamment dans les secteurs en tension.
Plus largement, il invite à repenser l’approche actuelle en suggérant d’autoriser les demandeurs d’asile titulaires d’un récépissé à exercer une activité professionnelle tant que leur situation n’est pas définitivement tranchée. “ Ne serait-il pas plus réaliste de régulariser tous ces travailleurs sans-papiers qui oeuvrent à la bonne marche de notre économie depuis des mois? “ souligne-t-il en évoquant les fiches de paient qui attestent la contribution de ces ressortissants en séjour irrégulier.
Entre impératifs économiques, enjeux humains et clivages politiques, cette proposition de Bruno Bernard cristallise les tensions, mais ouvre également la voie à une réflexion de fond sur les modalités d’accueil et d’intégration.
Dans un contexte où les besoins en main-d’œuvre persistent et où les débats sur l’immigration restent vifs, la question de la régularisation pourrait bien continuer à s’imposer comme un sujet central dans les mois à venir.